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Nous fuyons Rantepao, deprimant village dedie au tourisme de masse, mais abandonne a sa lethargie en cette saison creuse...
Le depart du bus est fixe a 7h30, le gars qui nous a vendu les billets nous a dit d'etre a l'agence a 7h00. Nous nous pointons donc avec une ponctualite toute europenne, egalement motives par notre empressement a quitter la ville...
Nous sommes les premiers et nous installons sur les bancs de l'agence. Il y regne un vrai bordel ; des cartons de partout, des gens entrent et sortent, le responsable du bureau n'arrete pas de repondre a la sonnerie du telephone et d'echanger des dialogues secs avec ses interlocuteurs...c'est la premiere fois que je vois un indonesien stresse!...cela laisse presager de l'organisation exemplaire de la companie.
Deja, les cahiers de reservations des billets ne me disaient rien de bon: un grand cahier par bus, avec a chaque page, un voyage. Les employes ecrivent le nom d'un passager en face d'un numero de place et reportent, a la main, le numero de place sur le ticket du passager... Connaissant les indonesiens, c'est deja la porte ouverte a de multiples erreurs, surbookings et autres... Quand, en plus, la page est raturee, reecrite, que des noms flottent en tout sens sans numeros et que quand nous demandons 2 places cote a cote, l'employe rajoute tout bonnement un numero 32, alors que sa liste est pleine jusqu'au 31...nous estimons nos chances d'avoir une place assise a 50%, d'ou notre presence matinale dans cette agence, afin d'assurer notre possibilite de quitter cette ville le jour meme!
7h00...le ballet des bus commence. Nous comptons au moins 3 bus de notre companie en ville (ainsi que des 10aines de bus d'autres companie...c'est a se demander si meme les habitants de la ville ne la fuient pas...), ceux-ci se livrent a un ballet incomprehensible pour nous; ils se garent, repartent, disparaissent on ne sais ou, pour revenir se garer 200m plus loin... Enfin a 7h30 pile, un bus se gare devant l'agence. Je demande confirmation, c'est bien notre bus, nous pouvons prendre place. Nous nous presentons donc face a la porte, mais celle-ci reste fermee, pas de trace du chauffeur. Nous attendons donc sur le trottoir...
Entre temps, 3 bus arrivent de Makassar et deversent leurs passagers, hagards d'une nuit sans sommeil, sur le trottoir. Le ballet de bus reprend de plus belle, chauffeurs et leurs aident entrent et sortent du bureau en vociferants et en portant paquets et cartons...le stress du responsable d'agence semble augmenter de mn en mn, d'autant plus que des clients defilent pour recuperer leurs paquets de Makassar qui s'averent introuvables... Dans ce grand bordel de bus, chauffeur et clients, notre bus demarre d'un coup et disparait au bout de la rue...il est 8h00!!! Legerement inquiete, je m'informe aupres de notre voisine, une indonesienne qui prend le meme bus que nous...elle me rassure, le bus est parti faire le ramassage a domicile ; tour du village et des hotels sur demande des clients. Prenant notre mal en patience, nous nous reinstallons sur notre banc, tronant au milieu des paquets et de l'agitation esoterique, aussi paisibles que des buffles dans leur riziere...
8h30. Le bus revient...VIDE, de sa tournee de ramassage...nouvelles vociferations et agitations des chauffeurs et aides, nouvelle montee de stress du directeur d'agence...le tout semblant n'avoir aucun effet concret ni visible (en tout cas pour notre regard europeen...) Enfin, a 9h00, nous sommes invites a prendre place, les aides chargent bagages et paquets en 10mn et nous voila partis...
En fait, non, nous refaisons un tour de village pour "ramassage a domicile" (les gens ne devaient pas etre prets au premier passage...?)...une belle performance de 5 arrets pour 2 personnes recuperees...au meme arret!!! Nous prenons la route de Makassar vers 9h30, soit 2heures apres le depart annonce!
Il nous faudra environ 2h pour couvrir les quelques 20km jusqu'a la ville suivante; a chaque village, on s'arrete pour remplir encore le bus...comme il fallait s'y attendre, des passagers se retrouvent avec les memes numeros...mais tout s'arrange avec le sourire, a 3 par siege de 2, ou sur des strapontins a base de paniers de vistuailles ou valises...le reste des bagages prend place sur le toit a grand renfort d'agitation et de cris des aides chauffeurs... A chaque arret, le bus entier descend faire des emplettes; biscuits, eau, miel...le temps que tout le monde se reinstalle, chaque arret dure dans les 15mn...
En traversant un village, on entend des hurlements de femme a l'avant. Le bus s'arrete, une femme en descend et, sous les yeux de la 50aine de passagers, embrasse 4 personnes qui attendaient dans la cours d'une maison en bord de route, puis elle remonte dans le bus...Il faut bien souhaiter la bonne anne a la famille au passage!!!
Un peu plus loin, nous nous arretons pres d'une echoppe de garagiste...les aides descendent du bus, DEMONTENT un filtre et se mettent a le nettoyer, pendant que le reste des passagers s'eparpille dans le village...le nettoyage du filtre prend une dizaine de mn car il faut absolument se raconter les dernieres nouvelles, n'est ce pas? Enfin, le filtre est remonte, les passagers reinstalles et nous repartons...
Le reste du voyage se deroule a peu pres sans heurts, avec une arrivee avec 3h de retard, ce qui est quand meme pas mal vu le retard du depart!!!
Nous essayons, tout au long de ce calvaire, de garder notre serenite-de-buffle-blah-blah...mais il faut bien avouer qu'il est difficile de ne pas juger tout ce systeme comme totalement inefficace...
Si je vous raconte cet episode, c'est que ca nous est apparu comme une caricature au trait a peine force du fonctionnement de l'Indonesie... Bien sur, tout se deroule dans la bonne humeur et avec force sourires et plaisanteries...alors comment leur en vouloir?
Mais tout cela me fait me demander...faut il forcement faire un compromis entre l'efficacite d'une societe et la chaleur dans les relations humaines?
Si vous connaissez un peuple qui a trouve le juste milieu, donnez moi l'adresse! (oui je sais, les kiwis n'en sont pas loin...)
04:36 - 2/01/2007 -
Mouahaha
J'adore cette histoire. Surtout quand la femme arrête le bus pour faire la bise à la famille.
Par contre l'article ne dit pas si vous avez pris des Indonésiens sur vos genoux, ou inversement !
Seb bans - 08:15 - 28/08/2007
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