La Route du Rom

Randonnee en pays Toraja (Tana Toraja)

Nous voici de retour de nos 10 jours de randonnee en pays Toraja.
Un bon moyen de se ressourcer en decouvrant des paysages paisibles et grandioses au rythme de nos pas.

 

La mousson, que les autres iles d'Indonesie attendent desesperement, est ici bien installee.
La pluie torentielle et soudaine peut tomber a partir de midi. Pour ne pas se faire mouiller et pourtant couvrir nos 20km  (6a8h de marche) quotidien, nous partons donc vers 5h30.
Nous nous levons au premier chant du coq...ou de la stereo du voisin, car dans cette region tous sont tres matinaux et adorent la techno et autres pops sirupeuses.
Le depart dans le lever du soleil est le meilleur moment de la journee; la fraicheur de la nuit est encore dans l'air, la brume de la pluie d'hier echarpe les montagnes et noie les vallees, la lumiere de l'aube transforme les paysages en aquarelles chinoises et les paysans allant aux champs animent ce decor de carte postale.

 


Des 8h, la chaleur commence a se faire sentir et a partir de 10h, nous ne revons plus que du mandi de ce soir (douche) a l'eau gelee de la montagne.

11h. Le petit dejeuner est loin, la faim se fait sentir...pas de Warung (echoppe servant des plats simples, riz ou soupes) dans ces petits villages de montagne que nous traversons.
Parfois nous traversons un village le jour du marche hebdomadaire, et pouvons nous regaler de "Pisang Goreng" (beignet de banane) frais...sinon, nous nous arretons dans une petite epicerie, achetons des Mie (nouilles chinoises) iophillisees et demandons a la dame de l'echoppe de nous faire chauffer de l'eau.
L'accueil est toujours excellent et souvent les epicieres agrementent nos mies d'un oeuf ou de quelques legumes frais.

 

Notre bol est vite avale, car les nuages de pluie s'ammoncellent, donnant au paysage un autre visage et a nos jambes un regain d'energie...

Si la pluie eclate avant notre arrivee, nous parcourons les derniers kilometres en nous hatant entre 2 averses et en trouvant refuge dans des echoppes de bord de route ou sous des greniers a riz, que nous partageons avec d'autres voyageurs pris eux-aussi dans la tourmente.
Parfois, nous sommes invites par un riverain curieux, qui nous offre un bon cafe Toraja, cultive et torreifie maison, et profite de l'averse pour nous questionner et/ou tester son anglais.

 

Quand enfin nous parvenons au terme de nos 20km de marche, nous sommes accueillis chez l'habitants. Certains sont organises pour nous recevoir, chez d'autres, on se serrera un peu pour nous faire de la place...de partout les conditions sont spartiates.
Le vent fais comme chez lui dans ces maisons et la pluie s'invite aussi parfois...nous ne comprenont pas tres bien pourquoi dans ce pays aux nuits si froides (10-15degre), les maisons ne sont pas mieux isolees. Ce n'est pas une question de pauvrete, car les maisons traditionelles Toraja sont elles bien isolees (nous y avons dormi 2 nuits et avons senti la difference)...le passage aux maisons dites "modernes" s'accompagnerait-il d'une perte de savoir faire? Les gens veulent-ils construire des maisons trop grandes et n'ont plus d'argent pour les finitions? Les gens sont ils satisfaits comme cela et ont ils l'habitude d'avoir froid (et sommes nous de petites natures?)?
Allez savoir...
Toujours est-il que nous passons un certain nombre de nuits tout habilles dans nos duvets et que le Mandi gele donc nous revions le matin meme est devenu une vraie corvee!

Heureusement, il y a toujours dans la cuisine un feu de bois, aupres duquel nous nous rechauffons en echangeant avec nos hotes (en Indonesien car pas un ne parle anglais!)

 

Nous sommes recus par des gens tres differents, mais toujours tres accueillants et curieux.
Nous passons une soiree entiere autour d'une cruche de Toak (vin de palme) a comparer les systemes d'education francais et indonesien, avec le responsable des ecoles primaire du comte.

 

Romain trouve son pere spirituel ; responsable de l'ecole primaire du comte de Timbaan et se drappe dans une cape Toraja de Mamasa, en buvant du vin de palme...


Nous discutons d'Israel avec un pasteur de l'eglise protetante pentecotiste et son fils.
Je compare ma vision du role de la femme avec celle de notre hotesse de Paku; 22ans et 2 enfants...
Nous serons recus chez la femme d'un contremaitre de plantation de cafe, on nous partageons les toilettes et douches avec une 20aine de maisons type HLM fournies par l'entreprise de cafe a ses employes
Nous passons Noel dans un hotel de luxe en declin tenu par une petite mamie adorable.
Nous nous arretons enfin 2 jours dans un gite ou le service est assure par les 7 enfants de la maison (le plus petit (3ans) amene le saladier de riz et balaie, la plus grande (18ans) fait la vaisselle et gere les autres...)

 

De partout, on nous sert un bon repas montagnard ; riz bien sur, soupe et viande ou poisson (de riziere)...avec Noel, le porc et a l'honneur et nous en mangeons 5 fois en 8 jours!!!
Ce repas avale, nous nous ecroulons sur nos nattes et sombrons dans un bon sommeil (malgre le froid)...il est 8h du soir!!!

 

La marche nous permet de nous impregner de la luminosite et de la serenite des paysages.

Je pense qu'une marche parmis des rizieres devraient etre recommendee pour tous les cadres stresses ou en depression des grandes metropoles...

Dans ces montagnes, on ne trouve pas que des rizieres, le paysage est changeant et varie...

 

Par moment, on marche sur une route forestiere bordee de pins et de chalets dignes du Queyras, et puis au detour du chemin, on se retrouve projetes dans une carte postale d'Asie du Sud Est ; rizieres verdoyantes, buffles et fieres maisons Toraja, dominant le paysage de leurs bosquets de bambou.

 

Un petit bout de Queyras a l'autre bout du monde...


Cliche...mais tellement reposant...nous faisons notre la serenite du buffle dans sa riziere...(les buffles ici ne travaillent pas, c'est le motoculteur qui a pris la releve...les buffle sont eleves uniquement pour servir de sacrifice lors des ceremonies de deces des Toraja, ou des dizaines de buffles sont egorges, coupe en morceaux et cuits dans des bambous pour nourrir des villages entiers)


En s'elevant en altitude, les rizieres se nichent dans des creux de plus en plus rares et les pentes sont colonisees par les plantations de cafe.
Et puis, les plantations font place a la foret humide, digne des sommets de la chaine en NC. Les villages disparaissent et le chemin se fait sentier.
 
En redescendant de l'autre cote de la montagne, petit a petit, les plants de cafes reapparaissent, puis les rizieres, en terrasses serres tout d'abord, et puis prenant leurs aises, au fur et a mesure que l'on descend, pour devenir opulentes dans le fond de la vallee.
En altitude, les villages Toraja sont formes de 2 maisons et de 3 greniers a riz maximum. Dans la vallee, coutumiere de 2 ou 3 recoltes par an, ont trouve des armees de grenier a riz dans les villages ; 15, 20 greniers pour des villages de 4 ou 5 maisons!

 

 

Dans les villages les plus recules, la route est difficilement praticable, meme par les motos. Les gens marchent beaucoup. Nous croisons des foules chargees de sacs de riz ou paniers de legumes se dirigeant a pied vers tel ou tel village pour le marche hebdommadaire, des familles allant passer Noel dans le village voisin ou des ecoliers rentrant en vacance dans leur famille, apres un semestre a l'internat...
Les gens savent plus ou moins nous indiquer le temps de marche restant et ne sont pas trop surpris de nous voir marcher...
Ils sont surpris, par contre, que nous venions de si loin...leur rayon de mouvement se reduit a une vingtaine de kilometres...

En descendant dans la vallee, les motos reapparaissent les premieres, franchissant bon gre mal gre les obstacles, ornieres et bourbiers.
On croise ensuite des toyota land cruisers...vu les chargements et distances parcourues par ces engins et leur age...nous pouvons en conclure a un test de resistance et de longevite plus que satisfaisant...Fini les Hilux et Defender...Romain veut son Land Cruiser!!!

 

 

Enfin, l'asphalte se generalise et les mini bus et autres Kijang (genre de renaud espace) font leur apparition...

Et la, les gens sont definitivement incapables de comprendre pourquoi on marche, alors qu'ils serait si simple de prendre un mini bus...
Vu l'etat de la route, et le nombre de passager de minibus (jusqu'a 20 passagers + les bagages)...nous ne sommes pas convaincus qu'il ne soit pas aussi rapide et moins fatiguant de marcher a pied!!!

 

Bref, nous perseverons et expliquons a chaque etape que non, nous aimons marcher a pied, et que oui, nous arrivons de Mamasa et allons a Rantepao...ce qui ne manque pas de declencher une hilarite teinte d'admiration...Mais vous mangez quelque chose de special? me demande un jeune un jour...ben non juste du riz et des Indo Mie!!!

 

Village de maisons Toraja, entierement sculptees et peintes de symboles ancestraux...les cornes du poteau central sont celles des buffles sacrifies pour les ceremonie de deces...

 

Tombes Toraja, creusees dans le rochet et fermees de portes richement decorees...on peut voir des necropoles de plusieurs dizaines de tombes, creusees dans de gros rochers ou des falaises.

 

Une randonnee en Tana Toraja, c'est la garantie d'un regal des yeux a chaque pas...les maisons richement decorees, les tombes scultees, les paysages prenants, les sourires des gens...tout est en harmonie...

10:43 - 1/01/2007 - Ajouter un commentaire

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