| La Route du Rom |
Route de montagne
En quittant Veng Vien, nous quittons la plaine du Mékong, que nous suivons depuis le Cambodge et nous rentrons dans la zone montagneuse du nord Laos/Sud Chine, petit et lointain contrefort himalayen...
Nous montons un col, puis un autre, une interminable crête... je perds le fil... à chaque virage, la vue devient plus époustouflante : un labyrinthe de vallées encaissées et de montagnes verdoyantes s'étend à perte de vue. Les roches karstiques (les plus hautes d'Asie, paraît-il) sont ici vertigineuses ; elles surplombent le paysage, comme autant de châteaux forts géants, menaçants dans leur noirceur massive déchirant le ciel bleu ou tombant en ruines, enfouis sous la végétation. Dans le lointain, les tourelles se font bleutées, se fondent dans le ciel et s'évanouissent dans la brume, sans perdre une once de leur majesté. Je me demande si les gens qui vivent là, dans les masures accrochées au bord de la route, se rendent compte de la vue qu'ils ont depuis leurs fenêtres... Nous longeons une arête à la mauvaise réputation. Ici, c'est le territoire des Hmong, peuple des hautes montagnes qui disent venir de Mongolie et qui sont classifiés par les ethnologues dans la catégorie "tibeto-birman. C'est dire. Leur visage cuivré rappelle plus le gardien de yack que le fermier lao. Leurs maisons de bois sont de solides chalets ancrés au sol, non les maisons sur pilotis à la mode dans la région. Les Hmongs, ethnie minoritaire au Laos, et au Vietnam voisin, sont en guérilla depuis la guerre du Vietnam, durant laquelle ils ont lutté clandestinement aux côtés de la CIA. A la fin de la guerre, quelques-uns sont partis se réfugier aux US, mais leur majorité a été abandonnée face aux gouvernements communistes, qui commencèrent un "nettoyage ethnique". Les Hmong continuèrent donc la guérilla, craints de tous, particulièrement sur cette route, idéale pour une embuscade, où ils massacrèrent plusieurs bus entiers (incluant des touristes), et ce, jusqu'en 2004. La guérilla semble maintenant finie (ou réprimée), car les Hmong ont rendu leurs armes, mais un milicien et sa kalachnikov accompagnent notre bus ! La descente vers la vallée de Laung Prabang n'en finit pas. Les roches karstiques se font plus rares, les montagnes plus opulentes. La culture sur brûlis, qui jusque là se nichait dans des creux ou s'accrochait à flanc de montagne, s'étend ici bien à son aise. Un patchwork de parcelles brunes saupoudrées du vert tendre du riz gluant en pousse ou de champs de maïs ondulants. Les écolos lèveront les bras au ciel... mais comment nourrir cette population croissante sans étendre le terrain cultivable toujours plus? Rassurez-vous cependant, il semblerait qu'après utilisation, les parcelles soient replantées de bois de teck, avec ses immenses feuilles (pour le CO2) et son beau bois (qui fait de belles maisons et s'exporte cher). Serait ce une solution durable?... un cycle riz/maïs/teck est-il en place de manière traditionnelle ou a-t-il été soufflé par un des nombreux "spécialistes du développement" qui traînent au Laos? ![]()
Parcelles de culture sur brûlis : riz, bananiers, mais et teck... un cycle traditionnel?
En haut du dernier col, nous dominons la plaine de Luang Prabang. Au fond de la vallée se niche le Mékong, qui fait une immense boucle pour contourner le massif que nous venons de franchir. Nous retrouvons avec plaisir le père tranquille auprès duquel nous passons nos derniers jours... mais ceci est une autre histoire...
Bises éthno-écolo et vent du maquis
05:00 - 28/05/2007 - Ajouter un commentaire
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